En 1976, la grande couronne faisait 10 fois plus de vélo que Paris. Et si on recommençait ? La question peut sembler provocatrice — le territoire a profondément changé depuis. Mais une étude scientifique publiée dans la revue Flux apporte une réponse encourageante : la dynamique est déjà en cours, et tout dépend désormais des choix politiques qui seront faits.

Clément Dusong et Robin Puchaczewski publient dans la revue Flux une analyse spatio-temporelle du retour du vélo dans les agglomérations françaises. Leur article démontre que la pratique du vélo se diffuse historiquement du centre vers la périphérie des agglomérations, avec un décalage dans le temps. Pour les territoires de grande couronne francilienne, leurs conclusions sont à la fois une source d’espoir et un appel à la responsabilité politique. Voici trois enseignements qui nous ont particulièrement frappés.
1. La responsabilité politique est centrale
Le premier enseignement est peut-être le plus important : sur une même période, des territoires comparables évoluent très différemment en matière de pratique du vélo. Ce n’est pas la géographie, la densité ou le relief qui expliquent l’écart — c’est la volonté politique. Là où des élu·es ont investi dans les aménagements cyclables, agi sur la place de la voiture et porté une vision cohérente de mobilité, la pratique du vélo a progressé. Les exemples de Strasbourg et de Grenoble sont à cet égard éclairants : des politiques de mobilité volontaristes y ont permis une croissance de la pratique du vélo significative, y compris dans leurs communes périphériques.
2. Les contraintes budgétaires peuvent être une opportunité
Les auteurs le rappellent : les difficultés à financer des infrastructures lourdes de transport peuvent, dans certains cas, accélérer le choix du vélo. L’exemple le plus célèbre est celui de Copenhague, qui a construit sa culture vélo au bord de la faillite, en 1993, précisément parce que l’infrastructure cyclable était l’option la moins coûteuse. Aujourd’hui, la ville affiche 29 % de part modale vélo sur l’ensemble des déplacements.
Dans un contexte de réductions budgétaires en grande couronne francilienne, la question se pose avec une acuité particulière : nos responsables politiques sauront-ils saisir cette opportunité — ou vont-ils au contraire utiliser ce contexte comme prétexte pour réduire encore davantage les investissements dans les infrastructures favorisant les mobilités actives ?
3. La dynamique est déjà en cours — la grande couronne doit s’en emparer
La recherche le montre : le retour du vélo se diffuse progressivement du centre vers la périphérie des agglomérations. Et en grande couronne d’Île-de-France, les signaux sont déjà là. La motorisation des ménages de grande couronne est en baisse depuis 2010 (DRIEAT, 2025). L’adoption du vélo s’accélère : un cycliste de grande couronne sur 5 s’est mis au vélo depuis moins d’un an (Collectif Mobilité, 2023). À l’échelle régionale, l’offre cyclable a crû de 33 % entre 2019 et 2025.

Les chercheurs sont clairs : là où la pratique est forte au centre, elle finit par croître en périphérie. La grande couronne est dans cette dynamique — à condition que les politiques s’en emparent pour l’accompagner et l’accélérer. Car en grande couronne d’Île-de-France, seulement 17 % des voiries sont aujourd’hui aménagées pour le vélo, contre 39 % à Paris et 41 % en petite couronne. Ce retard est réel — mais il n’est pas une fatalité. C’est un potentiel à saisir.
Interpellez vos élu·es
L’interpellation des élu·es locaux·ales reste un levier essentiel pour faire avancer les politiques cyclables en grande couronne. Candidat·es en campagne, élu·es en poste, conseillers départementaux ou maires : tous ont un rôle à jouer dans les décisions qui détermineront si la grande couronne saisit ou non l’opportunité historique qui se présente.
La science dit que le potentiel est là. L’histoire dit que c’est possible. Il ne manque plus que la volonté politique.
➜ Lire l’article scientifique : Dusong & Puchaczewski, « Analyse spatio-temporelle du retour du vélo dans les agglomérations françaises », revue Flux, 2026
